- Museum of the National Bank of Belgium - https://www.nbbmuseum.be/fr -

La drachme athénienne, une longue tradition … de la monnaie antique à l’euro

En faisant figurer la chouette et la branche d’olivier sur la face nationale de leurs pièces d’un euro, les Grecs mettent en lumière leur riche passé. Cette référence ne renvoie pas seulement à l’importance historique de la cité d’Athènes mais nous rappelle également que les premières pièces de monnaie européennes ont été frappées en Grèce.

Tétradrachme, avers et revers, ca. 450 avant J-C

Tétradrachme, avers et revers, ca. 450 avant J-C

Examinons donc d’un peu plus près le contexte historique dans lequel la (tétra)drachme athénienne a vu le jour. C’est aux VIIe et VIe siècles avant J.-C. et sur la côte ouest de l‘Asie Mineure que l’on situe les débuts de la frappe de monnaies dans le monde occidental. Peu après, l’usage de pièces de monnaie comme moyen de paiement se répandit sur le vaste territoire grec. Les premières monnaies étaient produites dans le centre de la Grèce (Egine, Athènes, Corinthe), au nord de la Grèce (les villes côtières macédoniennes Acanthus, Mende et Potidae) ainsi que sur l’île de Siphnos.

Les plus anciennes pièces de monnaie athéniennes sont les didrachmes qui furent fabriqués vers 560-550 avant J.-C. Ces pièces en argent connurent une grande variété de représentations que l’on pensait auparavant pouvoir relier aux armoiries de familles nobles athéniennes. Cependant, l’origine de ces pièces est sujette à controverse: il n’est pas avéré que ces pièces aient été émises par différentes familles nobles, ni qu’elles soient l’oeuvre de la cité athénienne. La circulation de ces pièces se limita toujours à la région.

Aux environs de 500 avant J.-C. une toute nouvelle pièce de monnaie apparut à Athènes: la tétradrachme avec, côté face, la tête de la déesse Athéna et, côté pile, la représentation d’une chouette. Au fil des siècles, ce type de monnaie devint un moyen de paiement “international” dans tous les pays méditerranéens et marqua le début d’une longue tradition, contrairement aux pièces de monnaie antérieures qui ne connurent jamais de tels propagation et caractère “international”.

La série de pièces athéniennes comprenait pas moins de quinze puis seize valeurs différentes, de la décadrachme (d’une valeur de dix drachmes) au petit hémitetartemorion (d’une valeur d’un huitième d’obole, un drachme valant six oboles). La tétradrachme était la valeur nominale la plus importante.

Puisque la (tétra)drachme, contrairement aux premières pièces de monnaie athéniennes ou aux pièces des autres cités grecques, était utilisée dans tout le bassin méditerranéen, elle est une preuve tangible de la puissance commerciale et du prestige politique de la cité d’Athènes. Elle témoigne des capacités esthétiques des Grecs mais aussi de la manière dont l’économie monétaire s’est introduite dans leur vie quotidienne.

Poursuivons en nous penchant plus particulièrement sur la signification et la symbolique de la représentation de la chouette et de la branche d’olivier ainsi que sur les raisons qui la lient à la déesse Athéna.

La chouette étant un animal nocturne et, par conséquent, capable de voir des choses que les autres ne voient pas, elle était utilisée comme symbole de la sagesse.

C’est pourquoi Athéna, la déesse grecque de la sagesse, était accompagnée d’une chouette. La représentation d’une chouette sur des pièces de monnaie ne se limite pas à la Grèce antique et à la zone euro. On la retrouve également sur d’autres pièces, européennes ou non: pas seulement en Grèce (p. ex.: 10 lepta de 1912, 2 drachmes de 1973), mais aussi en Finlande (p. ex.: 100 marks de 1990), en Pologne (p. ex.: 500 zlotys de 1986), en Biélorussie (p. ex.: 1 rouble de 2005), en Mongolie (p. ex.: 1000 et 500 tugriks de 2005), dans les îles Cook (p. ex.: 50 dollars de 1993) ou en Nouvelle-Zélande (5 dollars de 1999). 

Pièce Grecque de 1 euroDans le coin supérieur gauche figure une branche d’olivier. Dans l’Antiquité, la branche d’olivier était elle aussi liée à la déesse Athéna. Celle-ci aurait planté une branche d’olivier sur l’Acropole lors d’un pari avec le dieu de la mer Poséidon dont l’enjeu était le pouvoir sur l’Attique. Si la branche d’olivier a rapidement acquis une signification sacrée, c’est parce que les idoles étaient sculptées dans du bois d’olivier.

La forêt sacrée à Olympe était également composée d’oliviers dont on remettait des branches aux gagnants lors des jeux. De même, à différentes occasions, les vainqueurs et les triomphateurs n’étaient pas seulement coiffés de couronnes de laurier mais aussi de couronnes tissées de branches d’olivier.

À la droite de la chouette, on peut lire les trois premières lettres du mot “Athènes”. Sur la pièce d’un euro, celles-ci ont été remplacées par l’indication de la valeur nominale. La référence à Athènes a donc fait place à une référence à l’Europe. Néanmoins, la chouette et la branche d’olivier demeurent des constantes et constituent le lien entre les deux pièces de monnaie d’importance historique: la tétradrachme du Ve siècle avant J.-C. et l’euro d’aujourd’hui.

La (tétra)drachme athénienne, chargée d’Histoire, est donc désormais actualisée dans un nouvel “habit européen”, une sorte d’hommage en somme. Elle fut la première pièce de monnaie internationale à être utilisée sur le continent européen et illustre donc aussi le souhait de “frontières ouvertes” et d’unité. Ceci est également précisément l’essence de la réalisation de l’Union (monétaire) européenne et de l’idée européenne. La pièce d’un euro grecque tend, par conséquent, à nous rappeler que nous tenons en main un morceau palpable de l’Histoire (monétaire) européenne.

Sarah De Vos
Guide du musée

Sources